• Krigou

L'endroit ou je rêve que mes cendres soient répandues

Dernière mise à jour : 24 juin 2020


Mon père est décédé à l'âge de 91 ans, il y a quelques jours. Lors de l'entretien avec le représentant des pompes-funèbres, j'ai appris que le voeu de mon père était d'être incinéré et que ces cendres soient dispersées en un lieu appelé "le jardin du souvenir" au cimetière de Madretsch, cimetière principal de la ville de Bienne. Une fois le processus de deuil plus ou moins effectué, je me suis naturellement posé la question. "Et moi ! Où aimerais-je reposé ?"


Un lieu s'est imposé assez naturellement. Pratiquement chaque samedi, j'effectue les commissions de la semaine dans une petite bourgade, à une quinzaine de kilomètres de la ville ou je vis, en un endroit plus calme que les grands centres commerciaux de ma cité. Il est de coutume ensuite de partir en exploration de mon cher Seeland. Je commence toujours cette ballade en me rendant dans un endroit que j'aime particulièrement, "La colline aux trois arbres".

Pour s'y rendre depuis Aarberg, il faut suivre la route en direction de Radelfingen. Elle longe l'Aar dont les rives sont bordées d'arbres, de buissons et de joncs. On se croirait presque en Afrique, car l'Aar s'écoule comme un long fleuve tranquille. En clignant des yeux et avec un peu d'imagination, on peut presque apercevoir les orbites des crocodiles émergeant de l'eau, la masse imposante de l'hippopotame s'ébrouant dans la boue pour se débarrasser des parasites, le troupeau de gnous sur la rive, attendant le moment propice pour entamer une traversée sans risque de la rivière.


Si l'on continue son chemin, après une petite montée avec quelques virages et une longue ligne droite, terminée par une longue courbe sur la gauche, on débouche sur un plateau où se trouve un charmant petit hameau de paysannerie, nommé Detligen.


La maison la plus atypique du lieu est surmonté d'une sorte de petit clocher.

Il est possible d'y parquer son véhicule à côté de pommiers en fleurs au printemps

et en été, les branches ploient sous le poids des fruits.

En levant les yeux, on aperçoit une petite colline avec trois arbres. C'est dans ce lieu que je me vois répandu pour l'éternité, dominant à jamais la région des trois lacs, lieu où s'est déroulé la majeure partie de ma vie terrestre.

Hommage à mon père (texte lu à la cérémonie au jardin des souvenirs)

"Un texte d’un fils pudique, pas très causant, à un père pudique et pas très causant lui non plus…"