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La conjuration des imbéciles - John Kennedy Toole


"Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ". La formule, signée Jonathan Swift, a été placée en exergue d’un roman publié pour la première fois en 1980, onze années après le suicide de son auteur. 


Par ce seul livre posthume, John Kennedy Toole gagna une place à part, et une des premières, dans la littérature américaine contemporaine : il reçut le prix Pulitzer en 1981 pour ce roman tumultueux - gargantuesque tragicomédie située dans l'ambiance grouillante des bas quartiers de La Nouvelle-Orléans.


Lors de sa publication en France, la même année, l'accueil fut tout aussi enthousiaste, et ce roman-phénomène fit écrire à Jean Clémentin, dans Le Canard enchaîné , les lignes suivantes, toujours d'actualité :

« Un ouvrage de génie comme il n'en paraît pas beaucoup par siècle... Il faudrait des colonnes entières pour détailler les cruautés, les trouvailles, la verve épicolyrique, la puissance de cet ouvrage.


Cette audace, son auteur l'a payée au prix fort : déprimé de ne pas trouver d'éditeur, il s'est suicidé en 1969, à trente et un ans. Onze ans après, sa mère, remuant ciel et terre, réussit à trouver une minuscule maison d'édition, en Louisiane...


Alors seulement les " grands " éditeurs et l'establishment intellectuel américain le découvrirent et s'en emparèrent, lui donnant, pour faire bonne mesure, le plus grand prix littéraire des États-Unis et ajoutant ainsi, par leur aveuglement premier et leur emballement final, un chapitre très significatif, une démonstration en quelque sorte, à La Conjuration des imbéciles. » Source : franceculture


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Extrait « Bondissant vigoureusement sur le flanc, Ignatius sentit monter un rot dans sa gorge mais, quand il ouvrit la bouche plein d’espoir, il n’émit qu’un hoquet ridicule. Cependant, le mouvement avait produit quelques effets physiologiques. Ignatius tâta la modeste érection qui piquait du nez dans le drap, referma la main dessus, et demeura immobile, cherchant à décider ce qu’il fallait faire. Dans cette posture, sa chemise de nuit de flanelle rouge remontée sur la poitrine, son gros ventre saillant sur le matelas, il songea avec quelque tristesse qu’au bout de dix-huit ans de pratique de son violon d’Ingres il avait fini par en faire seulement un acte physique mécanique et répétitif, dépourvu de toutes les frasques de l’imagination et de l’invention qu’il avait autrefois été en mesure d’y apporter. Il n’avait pas été loin de se hausser jusqu’à l’oeuvre d’art, jadis, pratiquant son violon d’Ingres avec l’adresse et la ferveur d’un artiste, d’un philosophe, d’un universitaire et d’un gentleman. Il conservait encore, dissimulés dans sa chambre, divers accessoires qu’il avait autrefois utilisés, un gant de caoutchouc, un fragment d’ombrelle de soie, un pot de cold-cream. Il avait fini par trouver trop déprimante la nécessité de les ranger une fois que tout était fini. »

Editions Libellules
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